Compostelle - Sortir de son cadre de vie
Sortir de notre cadre de vie pour en prendre conscience, c'est ce que nous a permis notre grande marche vers le champ d'étoiles. À s'observer comme ça, à vol d'oiseau, nos vies semblaient parfaites. Tout allait bien! Mais, est-ce la vérité? Tous, si nous approchons notre vol et descendons frôler la surface des eaux qui baignent notre existence, nous aurons la capacité de percevoir les malaises, les lourdeurs qui pèsent sur nos vies. « Ce n'est pas grand-chose! direz-vous. Ça n'est que passager. Un petit blues de passage. » Mais, il est souvent difficile de s'affranchir de ceux-ci. Ils nous collent à la peau et reviennent nous hanter à différentes époques de notre vie, ramenant avec eux le même message : il y a un malaise que nous refusons de voir. Et, la seule solution que nous trouvions pour chasser cet état d'esprit, c'est de se changer les idées. On compense ce malaise de différentes manières. L'agitation permet de s'échapper sans être confronter, d'anesthésier le mal sans le regarder. Il ne disparaît pas pour autant. On le camoufle, bien comme il faut, sous une bonne dose d'endorphine.
Comment pourrions-nous faire autrement? S'élancer sur les traces de notre bonheur pourrait créer tant de remous autour de nous! Alors qu'il est si simple de faire taire ce qui monte en soi...
Imbéciles que nous sommes! On ne peut pas passer sa vie à se renier et vivre dans la peur.
Sortir de son cadre de vie devient alors le seul exercice capable de nous remettre en contact avec cet vitalité qui nous habite, cet élan divin qui nous propulse. Il nous faut rompre avec nos mécanismes routiniers. La routine et les automatismes rendent inconscient et souvent dépendant. Nous investissons notre bonheur dans l'ordre que nous tentons de créer autour de nous et notre humeur sera affecté par la moindre entorse à nos habitudes. Même les plus flexibles auront leur point faible...
La route de Compostelle nous entraîne sur cette voie de la déstabilisation. Celle qui nous fait sortir de notre cadre de vie et permet de le relativiser. Tous les détails de nos vies deviennent soudainement très apparents lorsqu'on vit en groupe dans un dortoir. On se rend compte du nombre de banalités auxquelles on s'accrochait, de nos dépendances face au regard d'autrui, des attitudes que nous développons pour trouver notre place au sein du groupe. Que s'empêcher d'être heureux, ne rend pas les autres plus heureux. Nous plongeons alors dans nos profondeurs et, peu à peu, on se détache des détails en surface. On plonge et on se retrouve face à soi-même. C'est là que la peur nous prend et que l'on cherche la voie d'évitement. Et même là on la trouve! Ils sont fort nos mécanismes anesthésiant.
À suivre
Éric Laliberté
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