Compostelle, le retour! (5 de 5)
Nous sommes partis plus tôt qu’à l’habitude.
La nuit me semble plus dense,
le noir plus intense.
Nous avançons lentement.
La lumière se fait attendre.
Un épais brouillard couvre la colline.
De l’autre côté, se trouve Santiago.
À notre approche,
le jour se lève.
Tout doucement,
les premiers signes de la ville
se manifestent.
les coups de klaxons,
les gens pressés…
Nous retrouvons une réalité
qui nous était devenue étrangère.
Dès nos premiers pas dans la ville,
les signes du chemin
sont difficiles à suivre.
Si près du but, les symboles,
se font plus discrets.
Nous avançons par intuition.
Est-ce le chemin qui nous prépare
à cette transition?
Éveillant ce sens subtil,
ni de flèches jaunes…
Faire confiance, simplement …
Se faire confiance…
La route nous semble interminable.
Les dédales des quartiers de Santiago,
infranchissables.
Et pourtant, notre pas est différent.
Il est plus léger.
Nos cœurs s’émotionnent
car, la route se termine ici
et le repos nous attend, tout près.
Le repos de l’accomplissement.
Celui qui nous rend fier,
qui nous emplit d’une joie immense.
Celui qui nous donne envie de crier.
Bientôt, nous atteignons les vieux quartiers.
Nous retrouvons les routes pavées.
Nous descendons une rue qui serpente,
traversons la porte d’une muraille…
Et soudain, elle est là!
Nous voilà sur la place de la Cathédrale!
Nous savourons ces instants.
Il n’y a presque personne.
Il est 9h30, seuls quelques kiosques s’ouvrent.
Les touristes afflueront
dans quelques minutes.
Nous nous sentons perdus.
On tourne sur nous-mêmes,
contemplant l’espace.
Tout est vrai.
Tout est là.
On se regarde droit dans les yeux.
Des yeux gonflés de larmes.
On s’embrasse.
On y est!
Nous sommes à Santiago de Compostella!
Moment d’une grande intensité.
LE moment merveilleux
de cet accomplissement.
Une fois les accolades
et les embrassades terminées…
On ne sait plus quoi dire.
On ne sait plus quoi faire.
C’est terminé?
Ça se termine comme ça?
Il n’y personne pour nous accueillir
au fil d’arrivée?
On est un peu déçu…
Les dernières démarches
On se rend au deuxième étage d’un bâtiment,
tout près de la Cathédrale,
pour récupérer notre Compostella.
Ce diplôme qui certifie
que nous avons bien fait la route.
Quand nous sortons des bureaux,
nous remarquons,
la foule est plus dense.
On se fraye un chemin
jusqu’à la Cathédrale.
Nous voulons voir
le tombeau de St-Jacques
et assister à la célébration.
C’est là notre déception…
Les lieux de culte,
qui ont cette aura de mystère
et orientent le pas des pèlerins,
Nous sommes allés jusqu’au tombeau mais…,
nous ne sommes pas restés pour la célébration.
En marchant sur les rues de Santiago,
la déception et la joie se mêlent.
Nous sommes déçus mais,
heureux d’avoir suivi nos cœurs.
Heureux de ne pas avoir pris part à ce cirque.
Et cette joie, elle nous invite à poursuivre.
Nous discutons.
Nos pas nous entraînent vers la gare routière.
Nous prenons conscience que le chemin
ne s’arrête pas là.
Il ne se termine pas à Santiago!
Qu’à cela ne tienne,
nous irons plus loin respirer l’esprit du chemin.
Nous irons jusqu’à Finisterre!
C’est là-bas que nous ressentirons
le réel l’accomplissement.
C’est en nous recueillant sur ces rochers
qui plongent dans l’Atlantique
que nos coeurs trouveront l’apaisement.
L’un contre l’autre,
sur le Cap Finisterre,
nous contemplons l’horizon,
le soleil y plonge et
sa lumière se mêle aux nuages
qui eux embrassent l’océan.
Les limites s’effacent.
Tout se mêle
tout s’amalgame.
On ne sait plus où finit la mer,
où commence le ciel,
ni d’où vient la lumière.
Tout s’intègre…
La fin n’est pas la fin,
elle n’est que le commencement.
Une route s’achève,
une autre commence.
Le plus difficile étant de revenir chez soi
et de ne plus être celui d’avant.
Je crois que nous ne faisons que
passer par Compostelle.
Passer et poursuivre notre route.
Poursuivre jusqu’à Finisterre,
aller au bout du monde,
s’étendre sur les rochers
et regarder le soleil
se coucher.
Toute la vérité de ce voyage
réside dans ce couché de soleil.
Tous les deux, enlacés
ayant fait le serment
toujours plus en avant.
Non, la route ne s’arrête pas là!
On a brûlé nos navires!
Hourra!
Il n’y a plus qu’à nager.
On verra pour la suite.
Buen Camino!
Éric Laliberté
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