Choisir le bonheur

Publié le par Éric Laliberté

Dans mon dernier texte, j'ai lancé cette affirmation qui a soulevé quelques réactions : « S'empêcher d'être heureux, ne rend pas les autres plus heureux. » Ce qui eu pour effet de me relancer moi-même en m'incitant à approfondir la réflexion.

S'empêcher d'être heureux, ne rend pas les autres plus heureux. J'entends par là que trop souvent on ne choisi pas notre bonheur. On fait beaucoup de choses sous le signe vertueux de l'abnégation. Bien entendu, parfois, celle-ci est justifiée : aider un ami en difficulté, prendre soin d'une personne malade, soutenir une personne en détresse... L'abnégation peut même être le sens d'une vie. Là où elle me pose question, c'est lorsqu'elle est inculquée par la culture ambiante d'une manière insidieuse nous empêchant d'être, de vivre selon l'élan qui nous habite, ne reflétant plus une mission de vie. Lorsqu'elle demande de mettre sous veilleuse notre essence pour servir le bonheur d'un autre, j'hésite, je freine. L'abnégation, c'est de renoncer à soi-même dans un élan d'amour. Pour y parvenir, Jésus l'énonçait de cette façon : « Aime ton prochain, comme toi-même. » Malheureusement, nous n'avons retenu que le « Aime ton prochain. » Alors que la véritable abnégation demande de s'aimer suffisamment pour s'offrir aussi largement.

Nous sommes les seuls responsables de notre bonheur. Il n'y a que nous pour le construire. Le bonheur de l'autre, je n'en suis pas responsable. Si notre bonheur est fait de dépendances, il faut se questionner. Car, pour avancer sur la voie du bonheur, nous devons accepter le fait qu'il ne plaira pas à tous. On ne peut servir deux causes. Je ne peux pas arrêter de boire et continuer d'accepter les verres que l'on me tend sous prétexte de ne pas blesser la personne qui me les offre. Plusieurs situations peuvent illustrer ce propos : On vous propose un emploi qui correspond parfaitement à vos talents et vos aspirations dans une région éloignée de la vôtre. Refuserez-vous le poste pour ne pas blesser les gens de votre entourage qui souffriront de votre départ? Si votre vie vous amène à relever des défis sportifs, vous devrez refuser plusieurs invitations pour ne pas nuire à votre entraînement. Même si ça en dérange plus d'un! Combien, étant jeunes, ont renoncé à faire des études dans un domaine parce que ce n'était pas ce que la famille attendait d'eux? Poursuivre notre bonheur, c'est vivre selon ce souffle qui nous presse. C'est entendre et répondre à l'appel que Dieu nous lance. La religieuse, qui choisit d'être cloîtrée, poursuit son bonheur tout en renonçant à satisfaire le bonheur de certains qui comptaient sur sa présence parmi eux. François d'Assise a choisi son bonheur plutôt que de poursuivre celui de son père qui désirait le voir reprendre la boutique. Choisir notre bonheur peut, parfois, blesser...

Notre notion de bonheur est faussée. Elle est fondée sur des dépendances à l'égard d'autrui. Se renier pour correspondre au bonheur de l'autre ne le rendra pas plus heureux mais, me rendra malheureux à coup sûr. Imaginez François, s'il avait choisi de reprendre la boutique de son père pour lui faire plaisir... Ne reconnaissez-vous pas certains de vos choix de vie? On pourrait même se rappeler l'instant précis de ces événements. L'instant où on a fermé la porte sur ce que Dieu nous présentait. Pour plaire, pour satisfaire, pour ne pas sentir le poids du regard de ceux qui nous préféraient ailleurs. Par solitude, par culpabilité, nous avons renoncé à notre bonheur pour être accepté. Nous avons même renoncé à l'entendre. Pire, tout le monde finit par se comporter ainsi, croyant cette manière d'être normale. C'est pourquoi, accepter de me renier peut donner à l'autre l'impression éphémère d'être plus heureux en répondant à son insatisfaction. À long terme, par contre, il risque fort d'être encore insatisfait. Son bonheur ne venant pas de l'intérieur, il sera à le quémander sans cesse. L'extérieur se devant toujours de le rendre heureux, nous serons deux malheureux insatisfaits de leur sort, essayant de correspondre aux désirs l'un de l'autre. Nous ne pouvons accepter ces rôles. Chacun est responsable de son propre bonheur. Être heureux implique donc de lâcher prise sur les rôles que nous tenons dans la vie des autres. Nous n'avons pas à les assumer. Être heureux implique également d'être attentif à notre chemin. Mon chemin n'est pas le tien. Il peut croiser le tien, le longer, mais ne sera jamais le tien. Nous faisons des choix et notre bonheur passe par ce choisir. Un choisir où Jésus nous invite à accueillir la vie en abondance.

Certains diront peut-être que tout ceci est très égoïste, qu'on doit faire des concessions, qu'on ne peut pas toujours penser qu'à soi. Et ils ont raison. Faire des concessions, tenir compte des objectifs de l'autre, pour bâtir une vie à deux, parce qu'on a des enfants, parce qu'on a un projet de communauté, tout cela fait parti du bonheur que nous avons choisi de construire avec d'autres. Ils font parti du projet "bonheur". Choisir son projet de vie n'est donc pas de l'égoïsme, c'est être attentif à soi pour mieux s'offrir. On ne peut pas qualifier d'égoïste celui qui sait faire ses choix. L'égoïsme, c'est exiger d'une personne qu'elle renonce à elle-même pour combler le manque de sens dans ma vie. C'est manipuler les choix de l'autre, l'empêcher d'être heureux, parce que je suis incapable d'assumer mon bonheur par moi-même. Mon épouse ne m'empêchera jamais de poursuivre mes projets peu importe ce qu'ils sont. De mon côté, j'attendrai le moment favorable pour réaliser ce qui m'interpelle, afin que nous puissions le vivre de la manière que nous avons choisi de vivre nos vies, c'est-à-dire : ensemble! Notre vie à deux deviendra alors le plaisir d'amalgamer nos bonheurs, de jouer de nos talents, pour en tirer un plus grand bonheur.

Il nous faut donc réapprendre à choisir le bonheur. Car c'est à travers ce choix, en apparence égoïste, que nous pourrons nous réaliser pleinement et la pleine réalisation de tous et chacun est un cadeau offert à l'humanité. C'est ce que nous dit la parabole des talents. Choisir son bonheur, c'est faire ce qui doit être fait parce que Dieu le place avec insistance entre nos mains. Ne pas écouter cette voix - par peur, par culpabilité envers les autres - c'est se renier, c'est choisir de mourir. Et notre Dieu, n'est-il pas le Dieu des vivants? Que répondrons-nous quand Il nous demandera : « Qu'as-tu fait de tes talents? »...

Nous manquons tristement de confiance, de confiance envers nous et de confiance envers Dieu. La peur nous ligote et nous empêche de passer à l'action. Jésus nous dit si souvent d'être sans peur et sans crainte. La foi ne relève-t-elle pas de cette confiance? Dieu nous invite à ce qu'il y a de meilleur en nous, à l'aimer et à l'apprécier. N'ayons pas peur de répondre à cet appel, il est là notre bonheur : reconnaître la part divine en soi, le temple de Dieu, la choisir et l'exprimer!

Éric Laliberté

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lise 05/10/2016 16:30

bonjour éric j'ai trouver votre article très intéressant et dans le cadre d'un dossier en bts sur le thème du bonheur j'aimerai pouvoir m'aider de votre article pour cela il me faudrait des sources fiables et vérifier donc la fiabilité de l'information j'aimerai donc savoir si vous êtes journaliste écrivain .. voila merci de votre réponse :)

Lise 06/10/2016 18:18

Merci beaucoup bonne continuation c'est tres honnorable ce que vous faites

Éric Laliberté 06/10/2016 15:26

Bonjour Lise,

Je suis un homme passionné par le pèlerinage tel que nous pouvons l'expérimenter sur les différents chemins de Compostelle. J'ai eu une première carrière qui aura durée près de 30 ans comme accompagnateur spirituel dans le système scolaire québecois. Actuellement, je suis doctorant en théologie, spécialisation en accompagnement spirituel du pèlerin de longue randonnée. À travers mes recherches, ma conjointe et moi avons mis sur pied un centre de formation à la démarche du pèlerin : "Bottes et Vélo - Le pèlerin dans tous ses états". Par ce centre, il s'agit d'accompagner et de soutenir les pèlerins dans leur cheminement globale, c'est-à-dire dans toutes les dimensions de notre humanité (physique, psychique et spirituelle); le tout dans une spiritualité laïque et biophile, centré sur notre amour de la vie et notre désir de vivre. C'est avec la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval, ville de Québec, que ce projet de recherche est développé.

Voilà, je vous souhaite une très bonne note dans votre travail! :-)
Au plaisir!

Éric Laliberté

Guerin Cyrille 16/05/2016 03:07

Merci Eric pour ta clairvoyance
Ton article découvert à 2h45 du matin réveille par une prise de conscience que le bonheur nous appartient est un signe du destin
Belle vie à toi

Éric Laliberté 17/05/2016 19:37

Bonjour Cyrille,

Je suis bien heureux de lire, dans ces quelques lignes, que tu sembles avoir perçu quelque chose qui te nourrit.
Tout le meilleur pour toi!
Éric

Marco 14/11/2013 17:35


Merci pour votre aimable et sensible réponse. En fait nous nous trouvons fondamentalement d'accord.
Peut-être faudrait-il faire une distinction pour éviter certains malentendus: s’il est vrai que les autres ne sont pas responsables de notre bonheur, ils y contribuent, dans un sens ou dans
l’autre, sinon cela signifierait que notre indépendance affective n’est en fait que de l’indifférence pour autrui. Nous sommes donc autonomes et responsables de nos propres actions, mais nous ne
sommes pas autonomes au sein d’une relation par définition.

Vivre simplement 15/11/2013 00:49



Merci de cette clarification Marco.


Je vous souhaite tout le meilleur!


Au plaisir,


Éric



marco 13/11/2013 17:30


C'est un peu simpliste, ou plutot, conditionné  par votre phrase complémentaire "... nous avons choisi de vivre nos vies, c'est-à-dire : ensemble!"
Quand par contre votre femme vous quitte après vingt ans de mariage parce qu'elle décide de changer de chemin, excusez-moi, mais c'est plutot difficile de croire que l'on est seul responsable de
son malheur.
Il ne s'agit pas de dépendance mais de retrouver seulement en soi-même ce que l'on a partagé volontairement avec autrui. Pour un adulte c'est pénible mais faisable. Les enfants par contre ne
comprennent pas vraiment pourquoi la "réalisation" de leur mère vaut plus que sa présence. Mais selon votre théorie ce n'est pas à moi de devoir leur expliquer puisque je ne suis pas responsable
de leur bonheur.


Oui je sais, cela semble un peu polémique, mais ce n'est pas mon intention.


Ce qui frappe le plus dans ce type de discours c'est l'importance que l'on attache a soi. "Je" suis la persone qui compte le plus, et si je ne vais pas bien, les autres ne le seront pas non plus,
ou comme vous dites "deux malheureux insatisfaits de leur sort, essayant de correspondre aux désirs l'un de l'autre".
Dans ces cas je pose souvent une question: "connaissez-vous le nom de votre arrière grand-père?". Jusqu'à maintenant personne n'a su répondre.


Je ne m'oppose pas à ce que vous dites car j'y entrevois une certaine sagesse que je partage, mais quelque chose ne tourne pas rond.
C'est un peu comme le "carpe diem" cité plus haut, ou encore le "homme qui ne me satisfaisait pas". Si la raison sous-jacente (et l'excuse qui me semble aujourd'hui très comune) est de satisfaire
soi-même ses propres besoins, alors autant vaut effacer d'un rapide coup d'éponge les trois derniers millénaires.

Vivre simplement 13/11/2013 23:37



Bonjour Marco,


Je crois sentir beaucoup de rage dans ce que vous vivez... et c'est normal dans les circonstances.


Vous n'êtes pas responsable du bonheur de vos enfants mais, de les encadrer dans ce qu'ils vivent. C'est tout ce que vous pouvez faire maintenant. Ce qu'ils en feront leur appartient et ne vous
appartiendra jamais.


Les vingt années que vous avez passé avec votre conjointe ont été des moments de bonheur. Pour elle, il semble que ce ne soit plus la cas, la route est ailleurs. Cependant, votre bonheur vous
appartient également et ce malgré la situation que vivez et n'avez pas choisi. L'être humain, comme toute espèce, est ainsi fait qu'il doit savoir répondre à ses besoins. C'est la base de toute
survie. Et c'est ce que vous ferez pour retrouver ce sentiment. Vous le savez. Vous aller vous relever de tout cela. Ce ne sera pas facile mais vous y parviendrez. La vie est mouvement, elle ne
nous mène cependant pas toujours là où nous le désirons...


Choisir le bonheur, c'est avoir la force de le choisir malgré les vicissitudes de la vie. Les coups durs de la vie ne sont pas une fin mais bien plus un tremplin.


Je vous souhaite de vivre ce passage dans les meilleurs conditions possibles.


Éric



Claire Laliberté 14/10/2013 16:19


Bonjour Éric,


Je suis tombée tout à fait par hasard sur votre texte s'intéressant au bonheur ... déculpabilisant et réjouissant!  Ce texte est tombé pile et m'a beaucoup inspiré par rapport à ma
réflexion du moment.  Merci!

Vivre simplement 31/10/2013 19:37



C'est un plaisir Claire!


Bonne journée!