Compostelle - Sortir de son cadre de vie

Publié le par Éric Laliberté

Quelques mois plus tard, et à l'approche de la sortie de mon dernier roman qui raconte les possibles sur la route de Compostelle, je peux encore avancer et continuer de réfléchir ce chemin.

Sortir de notre cadre de vie pour en prendre conscience, c'est ce que nous a permis notre grande marche vers le champ d'étoiles. À s'observer comme ça, à vol d'oiseau, nos vies semblaient parfaites. Tout allait bien! Mais, est-ce la vérité? Tous, si nous approchons notre vol et descendons frôler la surface des eaux qui baignent notre existence, nous aurons la capacité de percevoir les malaises, les lourdeurs qui pèsent sur nos vies. « Ce n'est pas grand-chose!  direz-vous. Ça n'est que passager. Un petit blues de passage. » Mais, il est souvent difficile de s'affranchir de ceux-ci. Ils nous collent à la peau et reviennent nous hanter à différentes époques de notre vie, ramenant avec eux le même message : il y a un malaise que nous refusons de voir. Et, la seule solution que nous trouvions pour chasser cet état d'esprit, c'est de se changer les idées. On compense ce malaise de différentes manières. L'agitation permet de s'échapper sans être confronter, d'anesthésier le mal sans le regarder. Il ne disparaît pas pour autant. On le camoufle, bien comme il faut, sous une bonne dose d'endorphine.

Comment pourrions-nous faire autrement? S'élancer sur les traces de notre bonheur pourrait créer tant de remous autour de nous! Alors qu'il est si simple de faire taire ce qui monte en soi...

Imbéciles que nous sommes! On ne peut pas passer sa vie à se renier et vivre dans la peur.

Sortir de son cadre de vie devient alors le seul exercice capable de nous remettre en contact avec cet vitalité qui nous habite, cet élan divin qui nous propulse. Il nous faut rompre avec nos mécanismes routiniers. La routine et les automatismes rendent inconscient et souvent dépendant. Nous investissons notre bonheur dans l'ordre que nous tentons de créer autour de nous et notre humeur sera affecté par la moindre entorse à nos habitudes. Même les plus flexibles auront leur point faible...

La route de Compostelle nous entraîne sur cette voie de la déstabilisation. Celle qui nous fait sortir de notre cadre de vie et permet de le relativiser. Tous les détails de nos vies deviennent soudainement très apparents lorsqu'on vit en groupe dans un dortoir. On se rend compte du nombre de banalités auxquelles on s'accrochait, de nos dépendances face au regard d'autrui, des attitudes que nous développons pour trouver notre place au sein du groupe. Que s'empêcher d'être heureux, ne rend pas les autres plus heureux. Nous plongeons alors dans nos profondeurs et, peu à peu, on se détache des détails en surface. On plonge et on se retrouve face à soi-même. C'est là que la peur nous prend et que l'on cherche la voie d'évitement. Et même là on la trouve! Ils sont fort nos mécanismes anesthésiant.

À suivre

Éric Laliberté

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Martine Plouffe 13/05/2008 22:02

Bonjour Eric,                     Je n'ai pas encore terminé ton livre, moi qui pensait le lire en deux ou trois heures. Ton livre me touche beaucoup et la charge émotive qu'il me fait vivre m'oblige à prendre des pauses et à réfléchir à tout cela.  Merci beaucoup de l'avoir écrit.  Je vois que je ne suis pas seul à vivre un cheminement personnel qui peut-être douleureux et parfois aussi très apaissant.      Amicalement Martine Plouffe

Éric Laliberté 13/05/2008 22:56


Merci Martine!
Tu as raison, ce n'est pas un roman que l'on peut lire rapidement. On doit prendre son temps. C'est comme pour la marche...


Isabelle Giroux 05/05/2008 00:37

Bonjour,Je suis la maman de Laurence Duran qu'éric a eu il y a 2 ans à Cap en maths.  Je suis aussi amie de Brigitte.  Je suis heureuse d'apprendre que votre voyage spirituel sur le chemin de Compostelle s'est bien passé. Pourrais-tu transmettre à Brigitte que cet été, je ferai sensiblement la même chose mais en Israel. Transmets stp mes salutations à Brigitte.Isabelle

Éric Laliberté 05/05/2008 02:45


Bonjour Isabelle!
Je me souviens de toi et de Laurence. J'ai transmis ton message à Brigitte qui t'embrasse. Bon séjour en Israël! Je suis persuadé que vous vivrez de merveilleux moments.
Au plaisir de vous revoir!


Edith 14/04/2008 18:24

Bonjour,Me revoilà parmi vous ! J'ai vécu beaucoup de nouvelles expériences depuis mon arrivée à Montréal pour y vivre définitivement. Entre autres m'étant éloignée de ma routine française et de ma vie en couple là-bas, j'ai pu réaliser à quel point je ne vivais pas pour moi mais pour mon mari, restant avec lui pour ne pas lui faire de peine. Comme le dit si bien Eric, j'ai décidé de vivre enfin une vie heureuse pour moi. J'ai donc décidé de quitter mon mari et de vivre ce que je voulais vraiment vivre. Mes enfants qui sont venus avec moi sont heureux de ma décision. Ils n'étaient pas heureux avec des parents qui ne s'aimaient pas. Pour revenir au texte d'Eric, il faut tout de même faire des concessions dans la vie sinon on fait une vie égoïste, uniquement tournée vers soi. Dans la vie de tous les jours on ne fait pas toujours comme on veut et ce qu'on veut et ça, pour la joie de la personne qui vit avec nous et que l'on aime. Je donne un exemple : si l'autre souhaite voir un film que nous n'aimons pas au cinéma, on a le droit de l'accompagner pour lui faire plaisir. Peut-être d'ailleurs que finalement nous aimerons le film qu'il avait choisi. J'ai plein d'exemples comme ça et même pour son travail on peut refuser un poste intéressant par responsabilité envers ses enfants (ils ne peuvent pas changer d'école ou d'université et ne peuvent vivre encore sans nous). Ce n'est pas parce qu'on refuse un poste intéressant qu'on a perdu sa vie, peut-être que le chemin que nous devions prendre n'était pas celui-là. Je crois que nous avons un chemin tracé que nous devons découvrir au fur et à mesure des années passées sur cette terre. Le hasard n'existe pas. Bonne journéeEdith

Éric Laliberté 15/04/2008 00:14



Bonjour Édith! Re-bienvenue!

Le hasard n'existe pas mais, tous les possibles existent simultanément. Nous faisons des choix. Je crois au libre arbitre, à la liberté des enfants de Dieu.

Faire des concessions pour bâtir une vie à deux, parce qu'on a des enfants, parce qu'on a un projet de communauté, etc. Cela fait parti du bonheur que nous avons choisi de construire avec
d'autres. Ils font parti du projet "bonheur". Mais si ce projet devient du renoncement à soi-même, renoncer à ce qui te fait vibrer, vivre, pour ne pas décevoir, c'est autre chose.

L'égoïsme ce n'est pas de savoir faire ses choix, c'est de manipuler les choix de l'autre, de l'empêcher d'être heureux parce que je suis incapable d'assumer mon bonheur moi-même. Mon épouse ne
m'empêchera jamais de poursuivre mes projets, peu importe ce qu'ils sont. Mais, de mon côté, j'attendrai le moment favorable pour que nous puissions les vivre de la manière que nous avons choisi
de vivre nos vies, c'est-à-dire ensemble. L'égoïsme c'est de demander aux autres de faire notre bonheur.



Richard 13/04/2008 18:04

Merci Éric, très éclairante ta réponse.Bon dimanche des "vocations"

Richard 13/04/2008 15:39

Merci encore Éric, au dernier paragraphe, j'ai de la difficulté de comprendre le sens que tu donnes à la phrase suivante "Que s'empêcher d'être heureux, ne rend pas les autres plus heureux" ??

Éric Laliberté 13/04/2008 16:24


On réalise qu'on aurait pu ne pas faire le chemin pour toutes sortes de raisons. Que souvent on s'empêche d'être heureux, de vivre selon l'élan qui nous habite, croyant servir le bonheur d'un
autre pour ne pas l'attrister. Mais notre bonheur, il n'y a que nous pour le construire. Le bonheur de l'autre, je n'en suis pas responsable. C'est une question d'attitude. Si notre bonheur
est fait de dépendances, il faut se questionner. Pour avancer sur la voie de notre bonheur, il faut renoncer à certaines choses. Exemple bien concret: On te propose un emploi qui correspond
parfaitement à tes talents et à tes aspirations dans une région éloignée de la tienne. Refuseras-tu le poste pour ne pas faire de peine aux gens de ton entourage qui souffriront de ton
départ? Si ta vie t'amène à relever des défis sportifs, comme les jeux olympiques, tu devras refuser plusieurs invitations pour ne pas nuire à ton entraînement même si ça en dérange plus
d'un. Je crois aussi que poursuivre notre bonheur, c'est poursuivre l'appel que Dieu nous lance. La religieuse qui choisit d'être cloîtrée poursuit son bonheur et devra renoncer à satisfaire
le bonheur de certain qui comptait sur sa présence parmi eux. François d'Assise a choisi son bonheur plutôt que de poursuivre celui de son père qui désirait le voir reprendre la boutique. C'est
notre notion du bonheur qui est faussé comme tu le vois. Il est trop souvent fondé sur des dépendances à l'égard d'autrui. Se renier pour correspondre au bonheur de l'autre ne le rendra pas
plus heureux mais, me rendra à coup sûr malheureux. (Imagine François s'il avait choisi de reprendre la boutique de son père pour lui faire plaisir...) Peut-être que oui, sur l'instant, l'autre
sera-t-il plus heureux de notre renoncement mais, à long terme, il sera encore insatisfait puisque son bonheur ne vient pas de l'intérieur. Il en cherche toujours la source à l'extérieur.
L'extérieur doit le rendre heureux.
Être heureux implique donc des "lâcher prise", sur le rôle que nous tenons dans la vie des autres. Être heureux implique d'être attentif à notre chemin. Mon chemin n'est pas le tien. Ils
peuvent se croiser, se longer mais, mon chemin ne sera jamais le tien. Choisir le bonheur, c'est choisir Dieu, c'est choisir la voie qu'il nous confit. C'est reconnaître la part divine en soi, le
temple de Dieu, la choisir et l'exprimer.