L'école de la consommation

Publié le par Éric Laliberté

Voici un extrait du livre de Mark Burch, La voie de la simplicité, aux Éditions Écosociété. Dans le contexte des revendications syndicales du monde de l’enseignement au Québec, j’ai cru bon vous le partager. Notre société et nos gouvernement n’ayant plus de considération pour l’école et ne la considérant plus comme étant le milieu par excellence pour former des jeunes épanouis, confiants, autonomes et capable de développer leurs talents, je pense que nous devons commencer à réagir très sérieusement face à ces attitudes inconscientes. Cherchons-nous réellement à former de futurs adultes responsables et épanouis? Ou cherchons-nous simplement à caser ces êtres le temps qu’ils aient atteint un certain stade de développement qui leur permettra de se conformer aux règles du jeu social? Aujourd’hui, l’école n’est plus qu’une multinationale parmi tant d’autres que nous devons rentabiliser. Former des jeunes doit être payant immédiatement! Développons donc l’art de la consommation! Et même de la surconsommation en les éduquant entassés comme des poulets de PFK et en leur donnant l’essentiel pour survivre.
 
« Quels que soient les efforts qu’ils déploient pour maintenir la qualité de l’éducation, administrateurs scolaires et enseignants doivent composer avec les pressions exercées par les grandes sociétés privées, et parfois par les gouvernements, qui souhaitent avant tout que les jeunes apprennent à devenir de bons consommateurs, à se servir d’un carnet de chèques, à choisir les meilleures marques d’aliments transformés (même s’ils ne connaissent pratiquement rien des méthodes de production), à investir en prévision de leur retraite, à comparer les taux offerts par différentes cartes de crédit, et surtout, à rédiger un curriculum vitae efficace. Souvent, on leur enseigne à consommer avant de développer leur esprit critique, et à compter sur les entreprises et le marché plutôt qu’à satisfaire plus directement certains de leurs besoins. Puisque pratiquement tous les aspects de notre existence se trouvent déjà sous l’emprise de la société de consommation, l’ « éducation » doit viser à nous aider à choisir les meilleurs produits et services (c’est-à-dire les moins chers, les plus réconfortants, les plus sûrs) dans l’éventail qui nous est offert. Certes, on retrouve encore des éducateurs dévoués qui luttent contre ces pressions et continuent d’accomplir des merveilles, ainsi que des écoles qui poursuivent encore des objectifs plus nobles que la simple insertion des jeunes sur le marché. L’orientation du système d’éducation au cours des dernières décennies, cependant, reflète une tendance de fond: on cherche à préparer les jeunes à une existence vouée à la production et à la consommation plutôt qu’à leur rôle de citoyens.
Depuis une vingtaine d’années, les écoles publiques sont aux prises avec d’énormes contraintes qui découlent de la compression des dépenses gouvernementales, d’une part, et des pressions exercées par le secteur privé et la société en général en faveur d’une éducation « de base», où  il n’y a plus de place pour les « à-côtés». Parfois, cela implique que, dès son entrée à l’école, l’élève commence à acquérir des « compétences » susceptibles d’être intégrées à un curriculum vitae qu’il sera fier de présenter aux entreprises, qui déterminent l’accès des citoyens aux joujoux de la société de consommation (que l’enfant apprend intensivement à considérer comme le but ultime de son existence, consciemment ou non). Au fil des différents échelons qui graduent le système scolaire, ce modèle ne cesse de se renforcer.
À leur sortie de l’école, fortement « motivés » tant par leurs appétits de consommation que par leurs dettes écrasantes, les diplômés se disputent les emplois disponibles. Une fois promus travailleurs, ils continuent à se livrer concurrence pour la reconnaissance et les promotions. Cela les entraîne dans un véritable tourbillon où se succèdent les mises à pied, les adaptations continuelles au marché du travail et les réorientations professionnelles. Avec un peu de chance, ils sortent de ce moulin à viande avec une quantité appréciable de possessions matérielles et un coquet régime de retraite. À ce stade, ils ne jouent plus au sein de la société qu’un rôle mal défini, souvent réduit à celui de simples consommateurs.
Bien qu’elle puisse sembler caricaturale, cette description du cheminement professionnel « normal » dans la société actuelle reflète la réalité d’une grande partie d’entre nous. En général, la vie moderne pousse les gens à se faire compétition pour pouvoir accéder à la corne d’abondance de la consommation. On nous invite constamment à modeler notre identité, nos aspirations, notre comportement et même nos sentiments pour nous conformer aux impératifs du marché. Évidemment, toutes les sociétés inculquent à leurs membres leurs coutumes et leurs traditions, et il en va de même pour la nôtre. La société de consommation, cependant, se distingue par le nombre extrêmement limité de choix qu’elle offre aux jeunes: on leur fait croire, en effet, qu’ils doivent choisir entre devenir patrons ou employés, qu’il leur faut s’intégrer aux rouages d’une entreprise ou être condamnés à rester en marge de la société et de l’économie. »
BURCH, A. Mark, La voie de la simplicité,
Éditions Écosociété, 2000, p. 179-180
 
Quelle considération avons-nous pour nos enfants?
Sommes-nous narcissiques au point de ne plus voir l’autre?
Est-ce là la perception du monde que nous voulons leur transmettre?
Quelle perception de la Vie!
Réagissons! Soucions nous davantage de l’éducation de nos jeunes, c'est urgent!
Conscient du cul-de-sac où mène notre mode de vie, freinons avant de frapper le mur.
Éric Laliberté

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