En tuant le temps on blesse l'éternité

Publié le par Éric Laliberté

C'est Henry David Thoreau qui a dit ça.

Un de mes auteurs préférés… parmi une longue liste!

Avez-vous déjà eu ce sentiment de gaspiller votre temps pour des futilités? Faire des choses pour passer le temps, se changer les idées. Je déteste ces expressions: "Ça passe le temps en attendant.", "Ça désennuie." L'avez-vous déjà dit? Connaissez-vous des gens qui disent ce genre de choses? Moi ça m'arrivait de le dire… ou de faire des choses simplement pour m'occuper parce que je ne savais pas quoi faire.

Quand je me suis demandé : « Passer le temps mais, en attendant quoi? J’ai réalisé ce que j’attendais pendant ce temps. Nous ne complétons pas la phrase parce qu’elle serait trop triste.

Faites l’exercice pour voir. Passer le temps en attendant… que ça aille mieux?, que la journée finisse?, qui fasse beau?, que je me sente mieux? que la visite arrive?, que le téléphone sonne?, qui ait quelque chose de bon à la télé? On passe le temps en attendant un bonheur qui tarde à venir. Pour moi, c'était une autre façon de dire: "J'attends de mourir." Quand j'en ai pris conscience, j'ai trouvé ça épouvantable. J’ai trouvé horrible de penser ainsi. Gaspiller cette chance si précieuse que nous avons d'être de passage sur terre alors qu’il y a tant à découvrir et à apprécier, comment peut-on dire et faire  une chose pareille?

Depuis, je ne veux plus blesser l’éternité. C’est même devenu une blague chez nous, une façon  de se rappeler à l’ordre. Lorsque ma plus jeune me voit jouer au solitaire sur l’ordinateur, elle me dit : « Serais-tu entrain de blesser l’éternité? » Oui, c’est ce que je faisais!

Depuis que j’en suis conscient, j’essai de rendre chaque moment vivant. Les faire pour passer le temps donne l’impression que la vie est ennuyeuse et elle est tout sauf ça. Pour y arriver, j’essai d’être davantage conscient de ce que je fais. Je crois que nous posons trop souvent des gestes par automatisme ou en nous laissant entraîner par le courant, sans faire de choix. Faire des choix, bon ou mauvais peu importe mais faire des choix, nous implique davantage. Vivre en réaction aux événements n’est pas vivre sa vie, c’est espérer le bonheur par hasard et le bonheur n’arrive pas par hasard. Nous n’avons qu’à faire des choix qui nous plaisent, des choix libres… libre de tout attachement.

Plus je cours, plus je m’épivarde, plus je m’étourdi l’esprit par toutes sortes de préoccupations qui ne répondent finalement qu’à quelques conventions sociale qui n’ont rien de vraiment vivifiant, plus mes désirs sont insatiables et j’attends toujours ce qui comblera le vide que laisse en moi ces étourderies.

Alors que plus je ralenti, plus je prend mon temps, plus je suis à l’écoute de ce qui se passe ne moi… Plus je suis clame, bien dans ma peau, mes bonheurs deviennent tout simples et tellement plus satisfaisants. Nous retrouvé comme couple n’est plus difficile à organiser dans le temps. J’ai le temps de m’asseoir avec mes enfants pour avoir une bonne conversation. J’ai le temps de faire de longues randonnées, plusieurs fois par semaine. L’automne qui m’est si pénible autrement, devient une saison merveilleuse.

Un rythme lent rend les bonheurs tout simple, alors qu’un rythme rapide n’amène souvent qu’insatisfaction dans mon cas. Mon être aspire à la lenteur, à la profondeur. C’est là qu’il s’épanouit le mieux.

C’est dans la lenteur que l’on voit, entend, goûte et sent vraiment.

Avez-vous déjà remarqué les différentes odeurs de la terre? Sur le sentier après la pluie? Par une chaude journée d’été? L’automne, mélangé aux feuilles mouillées?

Avez-vous déjà fait, à vélo, le slalom des escargots sur la piste cyclable après la pluie ou tôt le matin?

Vous êtes-vous déjà retrouvé seul dans une église simplement pour apprécier le silence?

Avez-vous déjà savouré le goût du fruit que vous avez fraîchement cueilli?

Vous êtes-vous déjà arrêté pour sentir la texture de l’écorce de l’arbre au parc près de chez vous?

Vous êtes-vous déjà arrêté au milieu de votre élan, simplement pour prendre conscience du moment présent, de ce qui vous entoure, de ce qui se passe en ce moment même?

Racontez-moi ces moments d’intensités, de  bonheurs que vous vivez, ne serait-ce qu’en laissant une phrase.

 

Éric Laliberté

 

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Joanne Froment 30/10/2005 03:58

Bravo Éric,
Ce site est des plus intéressant. Je n'ai pas encore tout lu, mais...« En tuant le temps blesse l'éternité » me fais beaucoup réfléchir. Comme ton livre d'ailleurs! Il m'amène à me poser beaucoup de questions.
Merci, à la prochaine
Joanne
p.s. Anik est très intéressé par ton site.