Maslow VS Consommation

Publié le par Éric Laliberté

Maslow
 
Vous connaissez tous Maslow? La pyramide? Un petit dessin avec ça?
Voici :
 
 Pyramide des besoins selon le Wikipédia

Bon! Vous vous rappelez!  Alors on y va.
 
Observez bien la pyramide en partant du bas vers le haut, c’est plus ou moins le chemin que nous franchissons tous de l’enfance à l’âge adulte. Cette « évolution » tendra à se stabiliser vers l’âge adulte avec des tranches de pyramide qui auront différentes épaisseurs selon notre histoire.
 
 
  
  
Il ne faut pas généraliser, mais ce sont des types de personnalités qui peuvent se développer, selon notre milieu ou à une époque de notre vie.

 
Revenons au 5 niveaux de la pyramide. Les quatre premiers (besoins vitaux, sécurité, appartenance, reconnaissance), Maslow les appelle « deficit needs » ou pourrait traduire par : besoins carencés. Ce sont ceux pour lesquels nous éprouvons toujours un manque.  1) Besoins vitaux : manger, boire, dormir, se vêtir, se loger… 2) Sécurité : protection, prévoyance... 3) Appartenance : se sentir accepté, faire partie d’un groupe, trouver sa place socialement,… 4) Reconnaissance : reconnu pour ses compétences, estime de son entourage, identité reconnu,… Avec le temps, nos apprentissages, notre confrontation aux événements de la vie, devraient nous entraîner vers le haut de la pyramide. Nous verrons que ce n’est pas toujours ce qui se produit.
 
Le cinquième niveau, épanouissement, Maslow nous le présente comme étant celui des « being needs », les besoins d’être. « Ce niveau est abordé lorsque l'individu a pleinement dépassé ses objectifs ou n'a tout simplement plus les mêmes motivations signifiées dans les étapes précédentes. Il a ici besoin de maîtriser mais pas forcément d'aboutir. Mieux comprendre l'abstrait et se dépasser devient son credo. Moins sensible à la pression sociale, il est autonome et fait preuve de créativité. Ce besoin de se réaliser est parfois si fort qu'il devient prioritaire, prenant le pas sur un ou plusieurs des éléments situés plus bas dans la pyramide. »

Prenant le pas sur un ou plusieurs éléments situé plus bas…

Est-ce à dire que lorsque je tends vers le plein épanouissement les besoins de manger, dormir, me vêtir ont moins d’importance? Que je me soucie moins de ma sécurité, de l’opinion des autres, d’être compétitif?
Je crois que oui! Par cette pyramide, Maslow nous démontre que plus nous avançons dans la vie, plus il est naturel de tendre vers cet épanouissement de la personne qui donne un sentiment de plein accomplissement, de se réaliser. Rappelez- vous combien, lors d’une activité qui vous prenait totalement, passionnément, combien vous pouviez en arriver à oublier de manger… Combien le regard de l’autre n’avait aucune importance lorsque vous agissiez avec conviction… Combien vous êtiez prêt à certains sacrifices pour atteindre un but plus élevé? Nous avons tous éprouvé ces sentiments à différents moments de nos vies et quelle assurance avions-nous dans ces moments! Quel paix nous habitait! Confiant en l’avenir vers lequel nous avancions, rien n’aurait su nous détourner. David Servan-Schreiber, psychiatre, qui a écrit le livre « Guérir » parle dans ces moments de — cohérence cardiaque — et, selon lui, c’est à ce moment que l’être humain est à son meilleur. L’aplomb de la bonne répartie, l’absence de stress, le contentement, la confiance… Tout cela est présent au cinquième niveau de la pyramide de Maslow, dans l’épanouissement. Mais comment y parvenir? Comment maintenir ce niveau?
 
versus Consommation
 
Le monde dans lequel nous vivons complique les choses. Notre organisation socio-économique, pour maintenir un certain standard de vie, à insuffler des habitudes de vie dont nous n’avons pratiquement plus conscience et qui tendent à nous maintenir dans les « deficit needs », besoins carencés. Dans ces conditions on a toujours besoin de s’offrir quelque chose pour se récompenser, pour afficher sa réussite, pour se définir. Le beau chandail que je me suis acheté, je le porte parce que je me sens bien sous le regard des autres quand je le porte. Alors qu’un chandail démodé nous aurait probablement gêné. Pourquoi? Ce n’est qu’un vêtement!
 
Notre système économique tire sa richesse en nous emprisonnant dans les besoins carencés. Nous éprouvons toujours un manque qui nous incite à consommer à peu près n’importe quoi. L’habitude est tellement ancrée en nous que même parfois nous achetons de façon compulsive, sans raison, simplement pour le plaisir d’acheter. Les problèmes que rencontre notre société nord-américaine ne sont pas sans lien avec cette perception.
 
Le nombre de personne souffrant d’obésité  ne cesse d’augmenter. La nourriture est la récompense facile, accessible à tous! Remarquez le nombre de publicité qui incite à manger. Une amie me disait qu’il est impossible d’aller où que ce soit dans le monde sans voir une publicité de Coca-Cola toute les vingt minutes. Nous avons fait le test en voiture dans une région désertique du Maroc… Il y avait en moyenne 7 minutes entre chaque panneau publicitaire! Tu te souviens Alix?
 
Du côté des besoins de sécurité, l’économie joue énomément sur la peur des gens. La peur est un marché rentable! Les dirigeants de nos amis du sud l’ont bien compris et ce vent de frayeur souffle parfois jusque chez nous.
 
Et ces besoins ne sont que la base de la pyramide, plus on s’élève dans les « deficit needs » plus le jeu devient subtil. Vous pouvez certainement imaginer comment la publicité agit sur nos besoins d’appartenance, de reconnaissance. Nos jeunes sont grandement touchés par ces manipulations. Dans certains milieux scolaires, la pression est si forte que l’achat de produit de marque est une question de survie, de survie psychologique.
 
Le marché des besoins carencés est donc un marché économique très intéressant pour les entreprises. Les stratégies développées sont de plus en plus raffinées pour nous maintenir dans un cercle d’insatisfaction-satisfaction. La satisfaction se devant d’être fugace.
 
Voici ce qu’en pensait Victor Lebow, un analyste en commerce de détail, tout juste après la 2ième Guerre mondiale:
 
« Notre économie extrêmement productive[…] exige que nous fassions de la consommation notre mode de vie, que nous convertissions en rituels l’achat et l’usage de biens, que nous recherchions dans la consommation notre satisfaction spirituelle, notre satisfaction égoïste. […] Il faut à un rythme de plus en plus soutenu consommer, brûler, user, remplacer et jeter des objets. »
 
Voici un autre point de vue, plus récent, par Allen D. Kanner et Mary E. Gomes, dans le livre « The All-Consuming Self »:
 
« L’achat d’un nouveau produit, spécialement d’un article de « grand prix », comme une voiture ou un ordinateur, engendre une sensation caractérisée de plaisir et d’accomplissement, et confère à son propriétaire prestige et considération. Mais à mesure que se dissipe le charme de la nouveauté, le sentiment de vide menace de revenir. La réponse du consommateur moyen est de tourner son attention vers le prochain achat plein de promesse. »
(Ces deux citations sont tirés du livre de David Suzuki: "Léquilibre sacré. Redécouvrir sa place dans la nature.")
 
Cet pensée économique existe donc réellement. On récupère les tendances à la mode pour en faire des produits très rentables. Le marché du bio ou de l’éco-tourisme en sont de bons exemples. Dites-vous une chose, les projets qui ne sont pas inscrits dans ce cercle de consommation, c'est-à-dire ceux qui cherchent à contribuer à l’épanouissement de l’être, à sa véritable satisfaction, ne sont pas sur la place publique. Leurs projets pourraient être récupérés pour en faire un produit lucratif.
 
Mais n’ayez crainte ces projets existent bel et bien. Un monde parallèle à notre organisation économique se construit et germe un peu partout dans le monde. Ils sont difficiles à découvrir parce qu’ils se font discrets, mais certains s’affichent publiquement et résistent à l’envahisseur. Sur le site de Onpeutlefaire.com, que vous trouverez dans les liens, allez à la section forum. Dans cette section, vous trouverez différents projets en cours de réalisations, ou en voie de l’être, ainsi qu’un très grand nombre de gens qui crient au secours et veulent s’extirper de cet empire. Ce site regorge d’idées qui vont à l’encontre d’une société de consommation. Je vous suggère également de consulter la liste de lien sur notre site. Vous y trouverez tout plein de projets intéressants.
 
Prenons donc conscience des manipulations opérés par les grandes entreprises pour nous freiner dans notre épanouissement. Il faut s’extraire de cette façon de vivre. Les gens sont bloqués dans leur quête de plénitude. Déçus de leur vie, ils consomment davantage pour compenser.
 
« Pourquoi bois-tu?, demanda le petit prince.  — Pour oublier que je bois. »

Éric Laliberté

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Valerie 11/10/2008 15:15

Non l'amour n'est pas inne, un peu comme le language. Il se peut que les circuits soient present dans notre cerveau mais si ils ne recoivent pas de courant, ils ne peuvent s'epanouir, juste un vide reste, et l'impossibilite d'aimer quand il est trop tard. Enfin, c'est ce que je pense.Valerie

Valerie 11/10/2008 14:35

Oui, je suis d'accord a condition que l'on s'arette un moment sur ce que "epanuit" comprend. Je ne pense pas que l'on nait avec l'amour en soi, je crois qu'il se developpe au fil du temps et devient une condition naturelle de survie. C'est donc un etat d'etre, peut etre... :DValerie

Vivre simplement 11/10/2008 15:09


S'épanouir, comme une fleur déploit, exprime, toute sa beauté... Allez au bout de cette expression. L'amour n'est pas inné à l'être humain selon toi? Éric


Valerie 09/10/2008 12:14

ah le petit prince, mon histoire preferee :DJe pense que l'essentiel est LOVE ou l'amour recue et ressenti par un autre, que l'on soit enfant ou adulte. Sans cette intimite avec un Autre, rien n'a plus de sens, en bas de l'echelle ou en haut, ca manquerait de substance.

Vivre simplement 11/10/2008 14:28


Il n'y a pas d'échelle. Nous vivons tous avec des besoins qui seront toujours carencés. Par contre, il est malsain d'y entretenir une sur-dépendance. L'amour, plus que
l'affectivité, se développe dans l'être épanoui où il peut circuler librement, sans attente. Tu ne trouves pas?
Éric


louise 13/11/2005 03:48

Intéressant rapprochement ...! Il est si facile d'utiliser ces besoins fondamentaux de manière insidieuse et sournoise... et la plupart n'y verront que du feu puisque c'est la "nature de la bête", la biologie de base, de rechercher la satisfaction du besoin... Suffit de montrer un 4x4 rutilant, aux roues boueuses, qui escalade une montagne et saute les rochers ... vous êtes au goût du jour, le plein-air, la nature, la liberté fondamentale, la puissance, la richesse, ça donne pas l'impression d'un grand bol d'air pur juste à regarder l'annonce ?... et les bénéfices aux actionnaires au bout du compte avec les remboursements... et c'est pas nécessairement mieux du côté des produits bio, suppléments et programmes de coaching par des incompétents, des simulateurs d'aube et autres gadgets fabriqués pour vous garder dans le système, continuer votre 9 à 5 le plus longtemps possible... Y'a des requins finfinauds dans tous les domaines, bio ou pas...!
Mais... Vivre... à partir de soi... faire un pas à la fois, regarder, respirer... se parler soi-même avec tendresse... déguster une cueillèrée de miel en pensant aux centaines de trajets de vols d'abeille qui ont été requis pour que ces gouttes parviennent jusqu'à moi !!!! Me dire, à moi, que j'appartiens à ce monde qui produit une telle merveille... ô que oui!!!
Merci pour le site Eric.

Éric Laliberté 11/12/2005 05:17

Au sujet de l'achat de produit bio, je te suggères de lire la revue Bio-bulles de septembre ou octobre. François Avard y a écrit un texte plutôt pamphlétaire sur l'achat bio qui tient un discours tellement con pour vanter ses produits. Il nous transcrit une étiquette sur un emballage d'oeufs bio qui nous parle de la sérénité des poules et de la bonne relation qu'entretient l'éleveur avec celles-ci, tout en comparant son agenda surchargé qui le laisse envieur de la situation des dites poules. Et plus d'une fois dans cette article il a raison de dénoncer l'attitude épaisse que nous avons quand on nous parle de produits bio.